“Une politique trinationale pour sauver l’alsacien” : L’appel d’Offenburg du 22 juin 2018

Invité à prononcer le discours d’ouverture des Journées annuelles 2018 de la langue allemande (1), le président du FILAL a fait le lien entre “germanophonie, démocratie et bonne gouvernance” – avant d’appeler à une approche trinationale pour sauver la langue alsacienne.

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Extrait du discours d’ouverture, sur le thème ” Elsässerdeutsch retten ist möglich! Mit welchen Mitteln und Willen?” de M. Thierry Kranzer, président du Fonds international pour la langue alsacienne (FILAL), aux journées annuelles 2018, de l’Association Verein für die Deutsche Sprache (VDS) qui regroupe 36 000 membres dans près de 200 pays.

Les liens entre langue allemande et bonne gouvernance : Promouvoir la langue allemande comme un vecteur de démocratie de bonne gouvernance et de développement durable

L’allemand est langue officielle en Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique (Eupen) et en Italie (Tyrol du Sud).   Il est intéressant de noter que ces sept pays où l’allemand est langue officielle font tous partie des 22 démocraties parfaites du monde.  Il y a donc aujourd’hui un lien très fort entre territoires démocratiques par excellence et langue allemande. C’est un fait : Tous les territoires ayant l’allemand comme langue officielle font partie des meilleures démocraties du monde.

Ce qui me fait dire que la langue allemande est la nouvelle langue des lumières, la langue championne de la démocratie, de la bonne gouvernance, du développement et de la croissance durable. Cela est prouvé par les chiffres.

Nous devons aujourd’hui regretter que la germanophonie ne s’inspire pas plus de la détermination des acteurs de la francophonie pour promouvoir la langue allemande dans le monde en tant que lien de solidarité à travers les continents.

Au nom de la promotion de la bonne gouvernance et de la démocratie, il serait aujourd’hui pertinent d’imaginer une organisation internationale de la germanophonie (OIG) à vocation intergouvernementale à l’image de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).   Une OIG qui pourrait devenir un observateur auprès des Nations Unies, mais aussi solliciter le statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC) parce que la question linguistique est une question éminemment économique et sociale.

En Argentine et au Venezuela, en Amérique du Sud, en Pennsylvanie et dans l’Ohio, en Amérique du Nord, en Namibie, en Afrique, ou dans de nombreux territoires encore germanophones de l’Europe de l’Est, des communautés linguistiques méritent notre attention et notre.  Les gènes et les complexes hérités du passé ne doivent plus paralyser. Promouvoir l’allemand à l’étranger, ce n’est pas être impérialiste, c’est proposer une lecture supplémentaire du monde, donner un sens à la diversité, construire de nouveaux ponts de solidarité et de collaboration, enrichir le multilatéralisme.   

Il y a 480 écoles françaises dans le monde. Pourquoi n’y a-t-il que 100 écoles allemandes dans le monde ? En 2015, l’Assemblée nationale française a adopté un budget de 100 millions d’euros pour promouvoir la langue française en Bulgarie, en Roumanie et en Afrique Subsaharienne.  Quel est le budget du Bundestag pour promouvoir l’allemand en Afrique, en Amérique et … en Alsace Lorraine ?

Si la langue allemande est aujourd’hui une langue de référence pour la démocratie, ses promoteurs doivent être cohérents et appeler à sauvegarder cette langue, là où elle est menacée.  Et aujourd’hui le cas de l’Alsace Moselle est une des situations linguistiques les plus dramatiques ! Moins de 3% des enfants encore locuteurs dans ce territoire qui a été un nid de la naissance de la littérature allemande depuis le Moyen Age.  De la naissance de l’imprimerie à celle du premier périodique en langue allemande, Strasbourg aurait été un symbole de la construction européenne si elle était officiellement bilingue.  L’Alsace Moselle bilingue n’est pas un vœu pieux. C’est un objectif viable si cet objectif est traité au niveau intergouvernemental avec courage et détermination européenne. 

Je veux le dire clairement au sujet de la question linguistique de l’Alsace Moselle : Si l’Europe a un sens, il faut enlever les œillères du passé :  Le couple franco-allemand ne sera pas une réalité durable et sereine tant que demeurera dans ce couple un enfant caché (ein verstecktes Kind).

Au nom des principes de bonne gouvernance, des normes européennes de démocratie, l’Alsace Moselle bilingue devrait être un projet commun franco-allemand, voire franco-germano-suisse. La Suisse aux quatre langues officielles a de l’expérience à revendre en la matière.

4 millions d’euros transfrontaliers pour la reconstruction linguistique en Alsace.

En France, il y a un précédent en la matière qui peut servir de modèle au couple franco-allemand : c’est celui d’un accord signé en 2004 entre le Ministère de l’intérieur français et le gouvernement espagnol basque pour permettre à ce dernier d’intervenir dans la promotion de la langue basque de France. Au titre de cet accord, la partie espagnole consacre 400 000 euros par an à la politique linguistique du Pays Basque français et ses 300 000 habitants. Proportionnellement à la population d’Alsace Moselle et ses 3 millions d’habitants, c’est comme si les Land du Bad Wurtemberg de Sarre et de Palatinat consacraient 4 millions d’euros annuellement à la promotion de la langue allemande, alémanique et francique sous couvert du Ministre de l’intérieur français bien sûr.

Si la langue allemande est aujourd’hui sans conteste la langue de la bonne gouvernance dans le monde, elle a ce devoir moral de garantir le respect de la diversité linguistique là où notre langue est menacée.  Il ne s’agit pas de faire de faveur mais d’être en phase avec les normes de bonne gouvernance onusienne et européenne en la matière “.

Thierry Kranzer, Président du Fonds international pour la langue alsacienne (FILAL), Ancien secrétaire général adjoint de l’Association culturelle et francophone des Nations Unies (ACF) et ancien Secrétaire général du Comité des associations françaises (CAFUSA).

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